Affaire Duterte

Le Procureur c. Rodrigo Roa Duterte

ICC-01/21-01/25
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Rodrigo Roa Duterte comparaissant pour la première fois devant les juges de la CPI le 14 mars 2025 ©ICC-CPI
Détenu par la CPI

Rodrigo Roa Duterte

M. Rodrigo Roa Duterte, né le 28 mars 1945 et ressortissant de la République des Philippines. Président des Philippines, maire de Davao City, maire adjoint de Davao City, et présumé fondateur et chef de l’escadron de la mort de Davao, au moment des faits.

Mandat d’arrêt délivré le 7 mars 2025

Suspecté d’être responsable des crimes contre l'humanité de meurtre, et tentative de meurtre présumés, qui auraient été commis sur le territoire de la République des Philippines entre le 1er novembre 2011 et le 16 mars 2019 dans le contexte de la campagne dite de « guerre contre la drogue ».

  • Le 10 février 2025, le Bureau du Procureur de la CPI avait demandé la délivrance d’un mandat d’arrêt contre Rodrigo Duterte pour meurtre, torture et viol en tant que crimes contre l’humanité. La Chambre préliminaire I de la CPI (« la Chambre ») a examiné les éléments présentés par l’Accusation et a conclu à l’existence de motifs raisonnables de croire que M. Duterte est individuellement responsable comme coauteur indirect de meurtre en tant que crime contre l’humanité, qui aurait été commis aux Philippines entre le 1er novembre 2011 et le 16 mars 2019.

    Le mandat d'arrêt contre M. Duterte a été émis classifié « secret » par la Chambre le 7 mars 2025 puis reclassifié « public » le 11 mars 2025. Le 12 mars 2025, M. Duterte a été remis à la Cour pénale internationale après avoir été arrêté par les autorités de la République des Philippines en exécution du mandat d'arrêt.

    La première comparution de M. Duterte a eu lieu le 14 mars 2025. M. Duterte a participé à l'audience par lien liaison vidéo, tel qu’autorisé par la Chambre. Le 8 septembre 2025, la Chambre préliminaire I a reporté le début de l'audience de confirmation des charges dans cette affaire, celle- ci ayant été fixée initialement 23 septembre 2025.

    Suite à une demande de la défense de M. Duterte en vue d’un ajournement indéfini de la procédure, arguant que M. Duterte n'est pas apte à être jugé, la majorité de la Chambre a estimé qu'un report limité de l'audience de confirmation des charges était justifié afin de laisser suffisamment de temps pour statuer sur la demande et les questions connexes.

    Le 26 janvier 2026, la Chambre préliminaire I a déclaré Rodrigo Roa Duterte en état de participer à la procédure préliminaire et a rejeté la requête de la Défense aux fins d’ajournement sine die. Compte tenu des principes juridiques applicables, de l’examen médical réalisé par un groupe de trois experts médicaux indépendants et de toutes les circonstances pertinentes de l’affaire, la Chambre est convaincue que Rodrigo Roa Duterte est en mesure d’exercer efficacement ses droits procéduraux et, par conséquent, qu’il est en état de participer à la procédure préliminaire qui, de ce fait, reprend.

     L’audience de confirmation des charges dans cette affaire a eu lieu du 23 au 27 février 2026. Après avoir entendu la présentation des observations orales du Procureur, des Représentants légaux communs des victimes et de la Défense, les juges ont entendu leurs arguments de clôture respectifs. L'audience de confirmation des charges s'est déroulée en l'absence du suspect, la Chambre ayant fait droit à la demande de M. Duterte de renoncer à son droit d'assister à l'audience.

    Le 23 avril 2026, la Chambre préliminaire I de la Cour pénale internationale a confirmé, à l’unanimité, toutes les charges, soit trois chefs de crimes contre l’humanité, présentées par l’Accusation à l’encontre de Rodrigo Roa Duterte et a renvoyé l'affaire en procès devant une Chambre de première instance.

    Prochaines étapes : L’ouverture du procès a été programmée pour le 30 novembre 2026. Avant l’ouverture du procès, la Chambre examinera toutes les questions en suspens et adoptera les procédures nécessaires pour faciliter le déroulement équitable et diligent des procédures. Des informations pratiques concernant le déroulement du procès, notamment la diffusion en ligne et les modalités pour y assister, seront communiquées à l'approche de la date du procès.


    Communiqué de presse

    Public redacted version of ‘Decision on the confirmation of charges against Mr Rodrigo Roa Duterte’

Chambre de première instance III

Judge Joanna Korner (Prés.)
Judge Keebong Paek
Judge Nicolas Guillou

Bureau du Procureur

Mame Mandiaye Niang, Procureur adjoint

Défense

Peter Haynes KC, Conseil principal de la Défense
Kate Gibson, Co-conseil

Représentants légaux des victimes

Joel Butuyan
Gilbert Andres
Paolina Massidda

Questions et réponses sur l’décision de confirmation des charges dans l’affaire Duterte, 23 avril 2026

Version pour impression : EnglishFrançais

La Chambre préliminaire I de la Cour pénale internationale (CPI) a confirmé toutes les charges de crimes contre l’humanité présentées par l’Accusation à l’encontre de Rodrigo Roa Duterte et a renvoyé l’affaire en procès.

La Chambre préliminaire I a fondé sa décision sur les éléments de preuve présentés lors de l’audience de confirmation des charges, qui s’est tenue du 23 au 27 février 2026, ainsi que sur les observations et les documents des parties et des participants, y compris les victimes participantes.

La Chambre a conclu qu’il existe des motifs substantiels de croire que M. Duterte est responsable des crimes contre l’humanité de meurtre et de tentative de meurtre, conformément à l’article 7-1-a du Statut de Rome (traité fondateur de la CPI). Ces crimes auraient été commis dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique contre une population civile sur le territoire de la République des Philippines entre le 1er novembre 2011 et le 16 mars 2019 dans le contexte de la campagne dite de « guerre contre la drogue ».

Rodrigo Roa Duterte, né le 28 mars 1945 et ressortissant de la République des Philippines, est l’ancien Président des Philippines, maire de Davao et adjoint au maire de Davao, et aurait été à l’origine et à la tête de l’escadron de la mort de Davao au moment des faits allégués.

La Défense et l’Accusation n’ont pas automatiquement le droit de faire appel de cette décision, mais elles peuvent demander à la Chambre préliminaire l’autorisation de le faire.

La Présidence de la CPI constituera en temps voulu une chambre de première instance chargée de conduire la phase suivante de la procédure et composée de trois juges différents de ceux ayant siégé en phase préliminaire. Rapidement après sa constitution, la Chambre de première instance organisera des conférences de mise en état et consultera les parties et les participants, de façon à décider de la date du procès et d'adopter les procédures nécessaires pour faciliter le déroulement équitable et diligent des audiences. La Chambre tranchera plusieurs questions préliminaires dont, notamment, le calendrier et les modes de divulgation des éléments de preuve.

Conformément à l’article 63 du Statut de Rome, l’accusé est présent lors de son procès devant la CPI. Toute autre question relative aux modalités de sa participation sera tranchée par les juges de la CPI.

Oui, les juges ont autorisé 539 victimes à participer à la procédure. Ils ont désigné Joel Butuyan et Gilbert Andres, ainsi que Paolina Massidda du Bureau du conseil public pour les victimes, pour intervenir au sein d’une seule et même équipe en tant que représentants légaux communs des victimes autorisées à participer.

Si des victimes additionnelles souhaitaient participer au procès, elles peuvent déposer une demande auprès de la Section de la Participation des victimes et des réparations de la CPI. Pour plus d'informations, consulter : https://www.icc-cpi.int/fr/node/230425

Un suspect qui comparaît devant la CPI est présumé innocent tant que sa culpabilité n’a pas été établie. Il est présent dans la salle d’audience pendant les procédures et a droit à ce que sa cause soit entendue publiquement, équitablement et en toute impartialité.

Les textes fondamentaux de la Cour accordent un certain nombre de droits au suspect, dont les suivants :

  • le droit que soit utilisée une langue qu’il comprend et parle parfaitement ;
  • le droit d’être défendu par l’avocat de son choix ;
  • le droit de produire des éléments de preuve et de faire comparaître des témoins ;
  • le droit d’être informé des charges ;
  • le droit de disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense ;
  • le droit de garder le silence ;
  • le droit de ne pas être forcé de témoigner contre lui-même ou de s’avouer coupable ; et
  • le droit d’obtenir de l’Accusation qu’elle communique à la Défense aussi bien les éléments de preuve à charge que ceux potentiellement à décharge

Depuis son transfèrement à la Cour le 12 mars 2025, Rodrigo Roa Duterte est détenu au quartier pénitentiaire de la CPI à Scheveningen, à La Haye (Pays-Bas), qui satisfait, s’agissant du traitement des personnes détenues, aux normes internationales les plus élevées en matière de droits de l’homme. Les personnes détenues sont présumées innocentes par la Cour jusqu’à ce que leur culpabilité soit établie au-delà de tout doute raisonnable.

M. Duterte a le droit de demander une mise en liberté provisoire conformément au cadre juridique de la Cour. Dans ce cas, il appartiendrait aux juges de la CPI de décider de l'accorder ou non.

La Chambre préliminaire I de la CPI est composée de la juge Iulia Antoanella Motoc, qui en est la présidente, et des juges Reine Adélaïde Sophie Alapini-Gansou et María del Socorro Flores Liera. La composition de la future Chambre de première instance sera décidée par la présidence de la CPI. Les juges de la CPI sont des personnes de haute moralité, connues pour leur impartialité et leur intégrité, et réunissant les conditions requises dans leurs États respectifs pour l’exercice des plus hautes fonctions judiciaires. Tous ont une grande expérience, pertinente au regard de l’activité judiciaire de la Cour. Ils sont élus par l’Assemblée des États parties sur la base de leur compétence reconnue en droit pénal et en procédure pénale et dans des domaines pertinents du droit international, tels que le droit international humanitaire et le droit relatif aux droits de l’homme.

L’enquête sur la situation aux Philippines a été ouverte le 15 septembre 2021, lorsque les juges de la Chambre préliminaire ont fait droit à une requête de l’Accusation aux fins d’autorisation d’ouvrir une enquête. L’enquête du Bureau du Procureur concernant cette situation se poursuit. Elle porte essentiellement sur des crimes qui auraient été commis sur le territoire des Philippines entre le 1er novembre 2011 et le 16 mars 2019 dans le cadre de la campagne dite de « guerre contre la drogue ». Le Bureau du Procureur poursuit ses efforts visant à rendre justice aux victimes aux Philippines. Dans le cadre l’enquête en cours, il continue de mener des recherches, il maintient le dialogue avec les parties prenantes et encourage les personnes disposant d’informations pertinentes à se manifester. Elles peuvent le faire en utilisant le canal de communication suivant qui est sécurisé : https://appeals.icc-cpi.int