Discours de la procureure adjointe de la CPI, Mme Nazhat Shameem Khan, devant le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies à propos de la situation au Darfour, en application de la résolution 1593 (2005)
(Le 19 janvier 2026, depuis La Haye, la procureure adjointe de la CPI, Nazhat Shameem Khan, a informé le Conseil de sécurité de l’ONU par visioconférence sur la situation au Darfour, Soudan. Vous trouverez ci‑dessous la transcription de son allocution.)
Monsieur le Président, je vous remercie de l’occasion qui m’est offerte d’informer le Conseil de sécurité. J’avais l’intention, et l’espoir, de me trouver à vos côtés aujourd’hui dans la salle du Conseil, notamment au regard de l’actualité récente au Darfour, mais je n’ai malheureusement pas obtenu de visa afin de pouvoir m’adresser à vous en personne conformément au mandat confié à la CPI par le Conseil de sécurité.
Permettez‑moi tout d’abord de remercier son Excellence le représentant permanent du Soudan auprès des Nations Unies de sa présence.
Monsieur le Président, Excellences, depuis la dernière fois que je me suis adressée à vous, le ciel s’est assombri sur le Darfour. À l’heure où je vous parle, la population de la région y subit des actes de torture collective.
La prise de contrôle d’El Fasher par les Forces de soutien rapides s’est accompagnée d’une campagne organisée, réfléchie, prenant pour cible les communautés non arabes, en particulier, et leur infligeant des souffrances indicibles — viols, détentions arbitraires, exécutions, fosses communes, autant de crimes commis à très grande échelle. Nombre de ces crimes ont été filmés et glorifiés par leurs auteurs. Et ces atrocités perdurent, attisées par un sentiment d’impunité totale.
Face à cette situation, notre réponse, en ce lieu, ne saurait se limiter à de simples platitudes. Nous devons résolument passer à l’action, sur le terrain.
Comme je l’ai indiqué dans mon rapport, le Bureau du Procureur s’emploie très activement à recueillir des éléments de preuve et à accélérer ses enquêtes en collaboration avec les communautés touchées, en ce qui concerne les crimes commis tant à Al Geneïna, au Darfour‑Ouest, qu’à El Fasher, au Darfour‑Nord.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil, après avoir procédé à une première évaluation des informations et des éléments de preuve recueillis au cours des six derniers mois, dont des documents audio et vidéo et des données satellites, le Bureau pense que des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre ont été commis à El Fasher, notamment au plus fort du siège de la ville par les FSR, fin octobre.
Des documents vidéo analysés par le Bureau montrent un mode opératoire similaire à celui qui aurait déjà été utilisé par les FSR dans le passé dans d’autres régions du Darfour, caractérisé par des détentions, des mauvais traitements et le meurtre de personnes issues de tribus non arabes. On y voit des membres des FSR se réjouir ouvertement des exécutions directes, puis porter atteinte à l’intégrité des dépouilles.
Nous nous sommes efforcés de trouver d’autres sources pour corroborer ces images, dans le but d’établir les responsabilités pénales individuelles pour ces actes. À cette fin, nous avons notamment :
- analysé des images satellites montrant des exécutions en masse et des tentatives de dissimulation des crimes par l’établissement de fosses communes ;
- collaboré avec les communautés touchées et identifié des témoins susceptibles de fournir des renseignements et de corroborer les informations déjà en notre possession ;
- traité les communications reçues d’organisations de la société civile et d’autres partenaires, qui allaient dans le sens des éléments de preuve vidéo recueillis.
Le tableau qui se dessine est effroyable : criminalité organisée et systématique, à grande échelle, caractérisée par des exécutions en masse, et commission d’atrocités pour s’assurer la mainmise sur un territoire.
Comme je l’ai également indiqué dans mon rapport, le Bureau a bien avancé dans ses enquêtes concernant Al Geneïna.
Nous avons auditionné des témoins directs des attaques dans des pays hébergeant des communautés de réfugiés soudanais. Ils ont fourni des éléments de preuve convaincants concernant des attaques dirigées contre des camps de personnes déplacées, des pillages, le ciblage aveugle de populations civiles, des détentions, des crimes liés au genre et des crimes visant et touchant des enfants.
Les preuves montrent que les schémas d’atrocités observés à Al Geneïna en 2023 se sont reproduits à El Fasher en 2025.
Cette criminalité se répète de ville en ville au Darfour, et elle se poursuivra jusqu’à ce qu’il soit mis fin à ce conflit et au sentiment d’impunité qui l’attise.
Comme je l’ai rappelé la dernière fois que je me suis adressée au Conseil de sécurité, nous menons nos enquêtes sur les crimes liés au genre selon une approche globale, qui se veut efficace.
Il ressort indéniablement de nos enquêtes que les violences sexuelles, et le viol en particulier, sont utilisés comme armes de guerre au Darfour. Les échanges que nous avons avec les communautés touchées, les récits qui nous sont directement livrés et notre coopération étroite avec nos partenaires de l’ONU et d’autres organisations qui s’attachent à recueillir des éléments de preuve sur ces atrocités ne laissent planer aucun doute à ce sujet. Au cours de la prochaine période, nous continuerons à enquêter systématiquement et efficacement sur ces crimes. Nous en ferons une priorité.
Dans ce contexte, nous avons conscience des barrières culturelles et de genre qui freinent le signalement de ces crimes à la CPI ou à d’autres partenaires pertinents, et nous en avons discuté avec le Gouvernement soudanais. Il relève donc de notre responsabilité de mener nos activités d’enquête et de sensibilisation en tenant compte des particularités culturelles et de la dimension de genre, en faisant participer activement l’Unité des violences sexistes et des enfants du Bureau du Procureur et en veillant à tout moment à ce que nos enquêteurs soient guidés par des considérations culturelles et de genre.
Nous avons également connaissance de signalements de crimes relevant du Statut de Rome qui auraient été commis par les Forces armées soudanaises au Darfour et nous nous employons à recueillir des informations à leur sujet. Toutes les parties au conflit doivent respecter les obligations que leur impose le droit international et ne peuvent en aucun cas prendre des populations et des installations civiles pour cible.
Nous invitons toutes les personnes disposant d’informations concernant des crimes qui auraient été commis à El Fasher, à Al Geneïna ou ailleurs au Darfour à se manifester et à les communiquer à la CPI, en utilisant en priorité OTPLink, notre plateforme sécurisée en ligne. Nous devons maintenant nous assurer que tous les efforts que nous accomplissons ensemble et que toutes les informations détenues par nos partenaires et les communautés touchées puissent servir à faire activement progresser nos enquêtes.
Monsieur le Président, Excellences, parallèlement à l’accélération des enquêtes menées au Darfour, nous avons franchi une première étape essentielle dans la quête de justice ici, à La Haye.
Le 6 octobre 2025, la Cour pénale internationale a déclaré Ali Muhammad Ali Abd‑Al‑Rahman coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis au Darfour, notamment de meurtre, de torture et d’atteintes à la dignité de la personne. Les juges de la Chambre de première instance l’ont condamné à l’unanimité pour tous les comportements criminels qui lui étaient reprochés. Le 9 décembre, ils lui ont infligé une peine de 20 ans d’emprisonnement pour ces crimes.
Les juges de la CPI ont conclu qu’Ali Abd‑Al‑Rahman était le chef des milices janjaouid, connu sous le nom d’« Ali Kushayb », et ont confirmé que sa responsabilité était engagée en tant qu’auteur direct et coauteur de ces atrocités, et pour en avoir ordonné la commission. Ils ont également confirmé les liens étroits qui l’unissaient à desmembres de haut rang du Gouvernement soudanais, dont les ministres Abdel Raheem Muhammad Hussein et Ahmad Harun, actuellement recherchés par la CPI.
La condamnation d’Ali Abd‑Al‑Rahman et la peine qui lui a été infligée marquent plusieurs tournants historiques. Il s’agit de la première condamnation prononcée devant la Cour dans une situation déférée par le Conseil de sécurité, mais aussi de la première condamnation dans la situation au Darfour et de la première condamnation prononcée par la CPI pour des persécutions liées au genre.
Le soulagement apporté par ce jugement décisif, aussi réel soit-il, ne saurait faire oublier les insoutenables souffrances que continuent d’endurer, jour après jour, les habitants du Darfour. Cela étant, ils nous ont fait part, maintes fois, de l’importance majeure de ce procès et de cette condamnation aux yeux des centaines de milliers de victimes qui ont fui leurs foyers en 2003 et en 2004, et de toutes les personnes qui ont souffert entre les mains des milices janjaouid.
Aujourd’hui, nous nous engageons envers eux, envers toutes les victimes du Darfour et envers ce Conseil, pour que cette première condamnation soit perçue, à terme, non seulement comme un moment décisif, mais aussi comme un événement déclencheur ayant ouvert la voie à une responsabilisation accrue des auteurs de crimes commis à l’encontre de la population du Darfour, grâce au travail de la CPI.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil, si nous voulons nous appuyer sur ces progrès si nous voulons faire en sorte que la condamnation d’Ali Kushayb soit la première d’une longue série, nous devons pouvoir compter sur la coopération élargie et active de nos partenaires. Face à l’ampleur des souffrances et à la violence des crimes actuellement commis au Darfour, nous devons travailler de concert.
Au cours des six derniers mois, nous avons franchi des étapes importantes dans notre coopération avec plusieurs partenaires, qui ont contribué aux progrès accomplis. Nous avons par exemple :
- collaboré étroitement avec un certain nombre d’États africains, en particulier avec le Gouvernement tchadien, qui a facilité l’accès à son territoire et permis d’auditionner plusieurs membres des communautés touchées ;
- renforcé la coopération avec nos partenaires de la société civile, notamment en participant en personne à des événements thématiques organisés dans plusieurs États afin d’optimiser notre collaboration pour documenter les crimes commis au Darfour ; et
- intensifié le dialogue avec la Mission d’établissement des faits des Nations Unies pour le Soudan, ainsi qu’avec d’autres partenaires de l’ONU, notamment en matière de crimes liés au genre.
Malgré ces progrès significatifs, nos enquêteurs continuent à se heurter à d’importants obstacles. L’accès limité à des témoins déterminants et l’impossibilité d’accéder en toute sécurité aux scènes de crimes en font partie. De nombreux témoins potentiels s’exposent à des risques majeurs pour leur sécurité. Nous devons donc impérieusement veiller à leur offrir une protection renforcée contre les intimidations et les représailles lorsque nous les approchons.
Pour réussir à surmonter ces obstacles de taille, nous avons besoin d’un soutien accru. Dans mon rapport, j’ai mis en évidence les domaines dans lesquels les États, les organisations régionales et internationales et nos partenaires de la société civile peuvent nous apporter davantage d’aide et de ressources. En particulier, les États peuvent jouer un rôle encore plus décisif pour soutenir nos travaux, notamment :
- en partageant des images satellites, des documents audiovisuels et d’autres informations et renseignements numériques utiles dans le cadre de nos enquêtes ;
- en aidant à identifier et mener des entretiens préliminaires avec des membres de la diaspora du Darfour dans les juridictions nationales et à recueillir leurs déclarations, y compris en délivrant des visas au personnel du Bureau chargé de mener ces entretiens ; et
- en détachant des experts nationaux spécialisés dans des domaines techniques afin d’appuyer les activités d’analyse du Bureau.
Toute coopération additionnelle que vous pourrez apporter en ce moment crucial sera la bienvenue.
Je réitère également mon appel à voir cesser toutes les initiatives vouées à saboter notre travail, comme les sanctions ou les mandats d’arrêt délivrés à l’encontre de responsables de la CPI. Nous n’avons pas de temps à perdre si nous voulons vraiment rendre justice aux communautés du Darfour. Les tentative délibérées visant à saper nos efforts ne font qu’aggraver les problèmes inhérents aux enquêtes qui rendent déjà la tâche très difficile.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil, au cours de la période couverte par mon rapport, nos relations avec les autorités soudanaises se sont encore améliorées, fortes de leur volonté renouvelée de coopérer. Le Gouvernement soudanais a effectivement appuyé des missions effectuées par le Bureau à Port‑Soudan et répondu sans délai à certaines demandes supplémentaires que nous lui avions adressées.
J’ai également eu le plaisir d’accueillir à la CPI le procureur général du Soudan, venu assister à l’audience consacrée à la fixation de la peine d’Ali Kushayb, accompagné du comité mis sur pied par les autorités soudanaises en vue de coopérer avec le Bureau. Le procureur général et moi‑même avons pu échanger en toute franchise au sujet de la criminalité qui persiste au Darfour et au Soudan, et de la multiplication des crimes liés au genre dans ce conflit, en particulier.
Nos discussions, positives et constructives, ont conduit à de nouvelles promesses de coopération, qui feront toute la différence dans nos enquêtes. Ces engagements, les autorités soudanaises les prennent à l’égard du Bureau, mais aussi vis‑à‑vis du Conseil de sécurité et des victimes d’atrocités au Soudan, et nous attendons fermement qu’elles les respectent.
Je tiens aussi à me montrer très claire sur un point : le Gouvernement soudanais doit réellement collaborer avec nous et concentrer ses efforts sur l’arrestation des suspects visés par des mandats d’arrêt de la CPI, qui se trouvent actuellement au Soudan, à savoir Omar Hassan Ahmad Al Bashir, Ahmad Harun et Abdel Raheem Muhammad Hussein. Et j’insiste une fois de plus sur la priorité à donner à l’arrestation d’Ahmad Harun. Il faut maintenant agir pour qu’il soit traduit en justice ou se rende volontairement.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil, en guise de conclusion, je tiens à faire entendre les paroles des courageuses victimes du Darfour, prononcées dans le prétoire de la CPI lors du procès d’Ali Abd‑Al‑Rahman : « La justice, demander justice, c’est humain, c’est demander à être traité avec dignité, justice et équité. C’est une chose à laquelle un être humain a droit, par sa simple existence. Dès lors, lorsqu’on constate qu’une ou plusieurs personnes font l’objet d’injustices et qu’on ne peut rien y faire, le chaos, la panique, la peur et la terreur s’installent. »
Cette victime a désormais obtenu une forme de justice. Cela ne suffit pas, mais la condamnation d’Ali Kushayb, fondée sur le témoignage de ce témoin et de nombreux autres survivants du Darfour, a démontré que le Conseil de sécurité et la CPI peuvent, conjointement, tracer une voie vers la justice pour ces crimes .
Nous avons dorénavant pour mission commune de poursuivre sur cette voie, afin d’en faire bénéficier d’autres victimes, qui ont aussi le droit d’entendre la vérité et d’obtenir justice, telle que rendue par la CPI en octobre dernier.
J’ai exposé dans mon rapport et dans cette allocution la manière dont les États et les autres partenaires peuvent contribuer le plus efficacement à notre action et je vous invite à nous fournir l’assistance nécessaire. Notre capacité à agir rapidement et efficacement repose sur la coopération et le soutien que nous recevons.
Nous nous tenons prêts à collaborer avec chacun d’entre vous pour mieux rendre justice à toutes les victimes et pour ériger un véritable rempart face à l’impunité afin de briser la spirale des atrocités au Darfour.
Je vous remercie de votre attention.
التقرير الثاني والأربعون: الإنكليزية | الفرنسية | العربية
فيديو: الإنكليزية | الفرنسية | العربية
(في 19 كانون الثاني/يناير 2026، أدلت نائبة المدعي العام للمحكمة الجنائية الدولية نزهة شميم خان ببيان أمام مجلس الأمن التابع للأمم المتحدة بشأن الحالة في دارفور (السودان)، عبر الإنترنت من لاهاي. وفيما يلي نص بيانها.)
سيدي الرئيس، أشكركم على إتاحة الفرصة لي لتقديم إحاطة إلى مجلس الأمن اليوم. لقد كنت آمل وأعتزم أن أكون معكم في قاعة المجلس، لا سيما بالنظر إلى أهمية هذه اللحظة في ما يخص دارفور، ولكن يؤسفني عدم حصولي على تأشيرة تمكنني من تقديم إحاطتي بما يتماشى مع الولاية الصادر التكليف بها من المجلس.
وأرجو أن تسمحوا لي كذلك بأن أعرب عن شكري لسعادة المندوب الدائم للسودان لدى الأمم المتحدة على حضوره.
السيد الرئيس، أصحاب السعادة، منذ أن خاطبتُ هذا المجلس آخر مرة، ازداد الوضع سوءًا في دارفور. إن أبناء دارفور يتعرضون، في اللحظة التي نتكلم فيها، للتعذيب الجماعي.
فقد رافق سقوط الفاشر في يد قوات الدعم السريع حملة منظمة ومدروسة لإلحاق أشد أنواع المعاناة بالمجتمعات غير العربية وتقد تمثّل ذلك على وجه الخصوص في الاغتصاب والاعتقال التعسفي والإعدامات والدفن في المقابر الجماعية، وكلها أعمال ارتكبت على نطاق واسع. وقد صَوَّر مرتكبو العديد من هذه الجرائم أنفسهم وهم يرتكبونها ويحتفلون بها. ولا يزال هذا الوضع المروع مستمرًا، يغديه شعور بالإفلات التام من العقاب.
وأمّا ردنا في هذه القاعة على هذا الوضع فلا يجب أن يكون مجرد كلمات جوفاء، بل أن يعكس إجراءات ملموسة على أرض الواقع.
وكما هو موضح في تقريري، يكثف مكتب المدعي العام جهوده، جامعًا الأدلة، ومسرّعًا وتيرة تحقيقاته، بالتعاون مع المجتمعات المتضررة، سواء فيما يتعلق بالجرائم المرتكبة في الجنينة في غرب دارفور، أو في الفاشر في شمال دارفور.
السيد الرئيس، أصحاب السعادة، بناءً على المعلومات والأدلة التي جمعها المكتب في الفترة المشمولة بهذا التقرير، بما في ذلك مقاطع الفيديو والصوت وبيانات الأقمار الاصطناعية، انتهى تقييم مكتب المدعي العام إلى أن جرائم حرب وجرائم ضد الإنسانية قد ارتكبت في الفاشر، خصوصا ما ارتكب في أواخر تشرين الأول/أكتوبر في أوج حصار قوات الدعم السريع للمدينة.
وتُظهر مقاطع الفيديو التي حللها المكتب نمطًا مماثلًا للجرائم السابقة التي تفيد الادعاءات بأنّ قوات الدعم السريع قد ارتكبتها في مناطق أخرى من دارفور، ومنها الاحتجاز وإساءة المعاملة وقتل أشخاص من قبائل غير عربية. وشوهد أفراد من قوات الدعم السريع وهم يحتفلون بعمليات الإعدام المباشرة وينتهكون بعد ذلك حرمة الجثامين.
لقد تركز عملنا على تأكيد صحة هذه الصور عن طريق مجموعة من المصادر الأخرى، سعيًا إلي تحديد المسؤولية الجنائية الفردية عن تلك الأفعال. وقد شمل ذلك ما يلي:
- تحليل صور الأقمار الاصطناعية التي تشير إلى أحداث قتل جماعي ومحاولات إخفاء الجرائم من خلال حفر مقابر جماعية؛
- التواصل مع المجتمعات المتضررة وتحديد الشهود المحتملين للحصول على المعلومات الأولية التي جُمِعت وتأكيد صحتها؛
النظر في الطلبات الواردة من منظمات المجتمع المدني والشركاء الآخرين والتي تحاكي مقاطع فيديو كان قد جمعت كأدلة.
إن الصورة التي تَترسَّم ملامحها مروعة: فقد ارتكبت أعمال إجرامية منظمة، وواسعة النطاق وجماعية، بما في ذلك عمليات الإعدام الجماعي؛ وهي فظائع تُستخدم كأداة لفرض السيطرة.
وكما ورد في تقريري، أحرز المكتب، فيما يتعلق بالجنينة، تقدّمًا ملحوظًا في التحقيقات.
فقد أجرينا، في البلدان التي تستضيف لاجئين سودانيين، مقابلات مع شهود عيان شاهدوا بأنفسهم الهجمات فقدموا أدلة دامغة على الهجمات على مخيمات المشردين داخليًا، والنهب، والاستهداف العشوائي للمدنيين، والاحتجاز، والجرائم القائمة على النوع الاجتماعي، والجرائم ضد الأطفال وتلك التي تمسّهم.
وتشير الأدلة إلى أن أنماط الفظائع التي وقعت في الجنينة في عام 2023 تكررت في الفاشر في عام 2025.
وتتكرر الأعمال الإجرامية تلك في مدن دارفور واحدة تلو الأخرى. وسيستمر هذا الوضع حتى إيقاف هذا النزاع فضلًا عن الشعور بالإفلات من العقاب الذي يغذيه.
وكما أكدتُ للمجلس في إحاطتي الأخيرة، نعكف في إطار تحقيقاتنا، على ضمان اتباع نهج شامل وفعال في التحقيق في الجرائم القائمة على النوع الاجتماعي.
وبناءً على تحقيقاتنا، لا يمكن إنكار أن العنف الجنسي، بما في ذلك الاغتصاب، يُستخدم كأداة حرب في دارفور. وقد اتضح ذلك من خلال تواصلنا مع المجتمعات المتضررة، ومن الروايات التي سمعناها مباشرة، ومن تعاوننا الوثيق مع شركاء الأمم المتحدة والمنظمات الأخرى التي توثق هذه الفظائع. وسيظل التحقيق المنهجي والفعال في هذه الجرائم واحدًا من الأولويات الرئيسية في الفترة المقبلة.
وفي هذا السياق، نحن على دراية بالحواجز الثقافية وتلك المتعلقة بالنوع الاجتماعي التي تحول دون إبلاغنا نحن أو أي شريك معني بمثل تلك الجرائم، وقد أجرينا مناقشات مع مسؤولين من حكومة السودان بهذا الشأن. ويُحملنا هذا مسؤولية ضمان مراعاة تحقيقاتنا وتواصلنا للجوانب الثقافية وتلك المتعلقة بالنوع الاجتماعي، ما يتطلب مشاركة وثيقة من وحدة النوع الاجتماعي والأطفال التابعة لمكتب المدعي العام، وتركيزًا مستمرًّا على ضمان أن يكون محققونا أصحاب كفاءة في قضايا النوع الاجتماعي وعلى دراية بالنواحي الثقافية.
ونحن على علم كذلك بورود تقارير تفيد بارتكاب القوات المسلحة السودانية جرائم منصوص عليها في نظام روما الأساسي في دارفور، ونعكف حاليًّا على ضمان توثيق هذه التقارير. وعلى جميع الأطراف المشاركة في النزاع ضمان الوفاء بالتزاماتها الناشئة عن القانون الدولي، وعدم استهداف المدنيين والمنشآت المدنية.
إننا ندعو كل من قد تكون لديه معلومات إضافية تتعلق بالجرائم التي يُزعم ارتكابها في الفاشر والجنينة وشتى مناطق دارفور، إلى المبادرة بتقدميها إلى المحكمة الجنائية الدولية، سيما على منصة OTPLink الإلكترونية الآمنة. هذه هي اللحظة المناسبة لنحرص على الاستفادة من جهودنا جمعاء ومن جميع المعلومات التي بحوزة شركائنا والمجتمعات المتضررة في مواصلة تحقيقاتنا الجارية.
السيد الرئيس، أصحاب السعادة، توازيًا مع تكثيف تحقيقاتنا في دارفور، شهدت لاهاي خطوة مهمة، وإن كانت الأولى، صوب تحقيق العدالة.
ففي السادس من تشرين الأول/أكتوبر عام 2025، أدانت المحكمة الجنائية الدولية السيد علي محمد علي عبد الرحمن بارتكاب جرائم حرب وجرائم ضد الإنسانية في دارفور، بما في ذلك القتل والتعذيب والاعتداء على كرامة الأشخاص. وأدانه قضاةُ الدائرة الابتدائية بالإجماع بارتكاب كل ما انطوى عليه السلوك إجرامي المنسوب إليه. وفي التاسع من كانون الأول/ديسمبر، حُكم عليه بالسجن لمدة 20 سنة لارتكابه هذه الجرائم.
وقد انتهى قضاة المحكمة إلى أن السيد عبد الرحمن هو زعيم الجنجويد المعروف باسم "علي كوشيب"، وأكدوا دوره كمرتكب مباشر لهذه الفظائع وشريك في ارتكابها، مع تأكيد مسؤوليته عن إصدار الأوامر بارتكابها. وأكدوا كذلك علاقته الوثيقة بمسؤولين بارزين في حكومة السودان، بمن فيهم الوزيران الهاربان من المحكمة، وهما: عبد الرحيم محمد حسين، وأحمد هارون.
وترسم إدانة السيد عبد الرحمن والحكم عليه معالم بارزة. فهي أول إدانة في إطار إحالة من مجلس الأمن إلى المحكمة، وأول إدانة تصدر على خلفية في الحالة في دارفور، وهي، علاوةً على ذلك، أول إدانة تصدر على أساس اضطهاد الذكور اضطهادًا قائمًا على النوع الاجتماعي.
ومما لا شك فيه أن أي ارتياح قد تجلبه تلك اللحظة يقابله المعاناة الشديدة والمستمرة التي نشهدها حاليًّا في دارفور. بيد أن أبناء دارفور ما برحوا يؤكدون لنا أن تلك المحاكمة وتلك الإدانة تحملان بالفعل أهمية وصدى لمئات الآلاف من المجني عليهم الذين أخرجوا من ديارهم في عامي 2003 و2004، وأولئك الذين عانوا على أيدي الجنجويد.
إن التزامنا تجاههم، وتجاه جميع المجني عليهم في دارفور، وتجاه هذا المجلس اليوم، هو ألا تُعتبرَ هذه الإدانة الأولى، مع مرور الزمن، معلمًا بارزاً فحسب، وإنما حافزًا لمساءلة أوسع نطاقًا وأعمق جذورًا بكثير عن الجرائم المرتكبة في حق أهل دارفور، من خلال عمل المحكمة.
السيد الرئيس، أصحاب السعادة، إذا أردنا استكمال هذا التقدم المحرز؛ وإذا أردنا ضمان أن تشكل إدانة علي كوشيب أساسًا لمزيد من المساءلة، فسيكون تعاون شركائنا الموسع والفعال أمرًا حتميًا إذ لا يمكن التصدي لحجم المعاناة والإجرام في دارفور في الوقت الحاضر إلا إن عملنا معًا.
لقد خطونا خلال الأشهر الستة الماضية خطوات بارزة في تعاوننا مع مجموعة من الشركاء، والتي أرست الأساس للتقدم المحرز. وتشمل تلك الخطوات:
- التعاون القوي مع عدد من الدول الأفريقية، ولا سيما حكومة تشاد، التي سهّلت الوصول إلى أراضيها، مما أتاح لنا إجراء عدد من المقابلات مع أفراد من مجتمعات متضررة؛
- توطيد أواصر التعاون مع شركائنا في المجتمع المدني، بوسائل منها الفعاليات الحضورية التي عُقِدت في عدد من الدول والتي خصصت لتحديد سبل العمل معًا بمزيد من الفاعلية في توثيق الجرائم المرتكبة في دارفور؛
- توسيع نطاق التعاون مع بعثة الأمم المتحدة لتقصي الحقائق في السودان ومع الشركاء الآخرين من الأمم المتحدة، لا سيما في ما يتعلق بالجرائم القائمة على النوع الاجتماعي.
وعلى الرغم من هذا التقدم الملحوظ، لا تزال تحقيقاتنا تواجه عقبات كبيرة، منها محدودية الوصول إلى مجموعات من الشهود لهم صلة بالأوضاع، وعدم القدرة على الوصول إلى مسارح الجريمة بشكل آمن. ويواجه الكثير من الشهود المحتملين تحديات خطيرة تتعلق بسلامتهم الشخصية، مما يحتم أن يضمن أي تواصل معهم حمايتهم من الترهيب أو الانتقام حمايةً شديدةً.
وفي مواجهة هذه التحديات التي لا يُستهان بها، نحن بحاجة إلى مزيد من الدعم. لقد سلطتُّ في تقريري الضوء على المجالات الرئيسية التي تتطلّب مساعدة إضافية واستثمارًا للموارد من الدول والمنظمات الدولية والإقليمية ومن شركائنا في المجتمع المدني. و وبإمكان الدول على وجه الخصوص أن تؤدي دورًا أكثر محورية في دعم عملنا، بوسائل منها ما يلي:
- مشاركة صور الأقمار الاصطناعية وغيرها من المعلومات والبيانات الاستخبارية السمعية البصرية والرقمية ذات الصلة بالتحقيق؛
- دعم تحديد أبناء دارفور في الشتات والتدقيق فيهم وإجراء مقابلات معهم في الولايات القضائية المحلية، بسبل منها منح تأشيرات لموظفي المكتب لإجراء هذه المقابلات؛ و عن طريق
- انتداب خبراء وطنيين في مجالات فنية متخصصة لدعم نشاطات التحليل التي يضطلع بها المكتب.
وإننا نرحب بكل تعاون إضافي في الوسع تقديمه في هذه اللحظة الحرجة.
وأكرر دعوتي لوقف جميع الجهود الرامية إلى عرقلة عملنا، إن عن طريق فرض عقوبات أو إصدار أوامر قبض بحق مسؤولين من المحكمة الجنائية الدولية. فلا وقت نضيعه في ظل ما نبذله من جهود لتحقيق العدالة لمجتمعات دارفور. إن العقبات الحقيقية التي تعترض سبيل المساءلة عقبات كبيرة بما فيه الكفاية ولا تنقصها المحاولات المتعمدة لمنع اتخاذ إجراءات صوب تحقيق المساءلة.
السيد الرئيس، أصحاب السعادة، لقد اختبرنا في تعاملنا مع السلطات السودانية للفترة المشمولة بالتقرير، مزيدًا من التقدم، مع قطع مزيد من الالتزامات بالتعاون. فقد دعمت حكومة السودان إيفاد بعثات إضافية من المكتب إلى بورتسودان، كما استجابت على الفور لبعض الطلبات الإضافية التي قدمناها.
وقد سررتُ ، خلال جلسة النطق بالحكم في قضية علي كوشيب، بالترحيب بالنائبة العامة السودانية في المحكمة، إلى جانب اللجنة التي شكلتها السلطات السودانية للتعاون مع المكتب. وأجريتُ أنا والنائبة العامة مناقشات صريحة بشأن الأعمال الإجرامية المستمرة في دارفور وفي شتى مناطق السودان، بما في ذلك انتشار الجرائم القائمة على النوع الاجتماعي طوال فترة النزاع.
وكانت مناقشاتنا محددة وإيجابية، مع وعود بمزيد من التعاون الذي سيحدث فرقًا حقيقيًّا في تحقيقاتنا. وهذا الوعد ليس لنا فحسب، بل لهذا المجلس وللمجني عليهم جراء الفظائع التي ترتكب في السودان كذلك، ونحن على ثقة من الوفاء به بكل تأكيد.
وأود كذلك أن أكون واضحة بشأن نقطة رئيسية وهي أن على حكومة السودان أن تعمل معنا بجدية وتركيز لضمان القبض على الأفراد التي أصدرت المحكمة أوامر قبض بحقهم والموجودين حاليًا في السودان، وهم: عمر حسن أحمد البشير، وأحمد هارون، وعبد الرحيم محمد حسين. وأؤكد مجددًا ضرورة إعطاء الأولوية للسيد هارون على وجه الخصوص. ولا بد من أن تُتخذ الآن إجراءات لإحالته إلى المحاكمة أو لتسليم نفسه طواعية.
السيد الرئيس، أصحاب السعادة، أود في الختام أن أشارككم كلمات المجني عليهم من أبناء دارفور الشجعان التي أدلوا بها في قاعة المحكمة في سياق محاكمة السيد عبد الرحمن، "إن العدالة والمطالبة بها مطلبان إنسانيان كي يُعامل الإنسان بكرامة وعدل وإنصاف. فوجود الإنسان يقتضي ذلك بطبيعته. لذا، تسود الفوضى والذعر والخوف والرعب إن رأى الناس ظلمًا واقعًا على عدد من الأشخاص أو على شخص معين وما بيدهم حيلة."
وكان أن رأى ذلك المجني عليه بعضًا من العدالة يتحقق الآن. لكنّ هذا غير كاف وإن كانت إدانة علي كوشيب، استنادًا إلى الشهادة التي قدمها هذا الشاهد والعديد من الناجين الآخرين من أبناء دارفور، قد أثبتت أن هذا المجلس، إلى جانب المحكمة الجنائية الدولية، يمكن أن يوفر سبيلًا للمساءلة عن هذه الجرائم.
إن مهمتنا المشتركة الآن هي توسيع الطريق الذي عَبَّدناه، للسماح لمزيد من المجني عليهم بالسير عليه حتى يتمكنوا من نيل ما رأيناه في المحكمة في تشرين الأول/أكتوبر الماضي من إقرار بالحقيقة المنقولة وتحقيق للعدالة.
لقد أوضحتُ في تقريري وفي هذه الإحاطة كيف للدول والشركاء الآخرين المساهمة بمزيد من الفاعلية في هذا العمل. طلبي أن يكون ردّكم بتقديم المساعدة التي نحتاج إليها. فكلما زاد التعاون والدعم الذي يتلقاه مكتبنا، تمكنا من تحقيق النتائج بمزيد من السرعة والفاعلية.
ونحن على أهبة الاستعداد للعمل معكم جميعًا لتقديم المزيد إلى جميع المجني عليهم، ولإقامة جدار حماية هو جدار المساءلة الذي يضع حدًّا لتصاعد وتيرة الفظائع في دارفور.
شكرًا لكم.
المصدر: مكتب المدعي العام | وسيلة الاتصال: [email protected]